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  • Marie-Alix de Putter

#21daysofgratitude | Edith Kah Walla (fr)

Je reçois une entrepreneure, femme politique camerounaise. Elle est la première à avoir eu le courage et l'audace d'être la première femme candidate aux élections présidentielles au Cameroun en 2011. Elle a son actif de nombreuses distinctions internationales telles que le prix du leadership mondial pour la direction publique en 2011. Elle a été reconnue en 2007 comme l'une des femmes entrepreneures les plus influentes d'Afrique par la Banque mondiale. En 2011, elle est comptée parmi les 150 femmes qui font bouger le monde d'après l'hebdomadaire américain Newsweek. Présidente fondatrice du cabinet de conseil Stratégie, Présidente du parti politique CBC et du Cameroun Gender and Development, vous l'avez compris, j'ai l'immense honneur de recevoir Edith Kah Walla.

Kah Walla, qui êtes-vous ?

Merci, je suis une femme africaine, née au Cameroun. Une femme qui veut le mieux pour elle-même, sa famille, sa communauté, pour son pays et pour son continent.

Vous êtes née au Nigeria. J'ai lu beaucoup de choses sur vos parents, notamment vous parlez beaucoup de l'engagement de votre mère, mais finalement, qui vous a élevée ?

Mon enfance explique peut-être mes engagements panafricains parce que ma mère va étudier au Nigeria dans les années 60. Quand elle revient comme infirmière, elle promet à ses collègues qu'elle reviendra pour accoucher ses enfants dans cet hôpital où elle a fait sa formation. A l'époque, on peut partir du sud-ouest du Cameroun au Nigeria par avion. Voilà comment ma mère m'a accouchée. J'ai été élevée par deux parents, tous deux enfants uniques, ce qui fait qu'ils sont très proches de leurs parents. Nous grandissons dans une famille où nos parents sont proches de leurs enfants, mais nous sommes aussi très proches de nos grands-parents. Nous passions quasiment toutes les grandes vacances, pendant six semaines, chez ma grand-mère à Bamenda; et six semaines à Kumba chez mon autre grand-mère. On grandit dans une famille qui a des liens très forts.


Dans cet enfance, aviez-vous des mentors ?


Oui ! D'abord, mes grand-mères étaient des femmes extraordinaires. Les deux étaient des femmes financièrement indépendantes. Une avait investi dans l'immobilier et en avait obtenu une indépendance financière. L'autre était entrepreneure, couturière avec son propre atelier, avec à un moment donné une trentaine d'apprentis. Ces deux femmes m'ont appris l'indépendance, l'importance d'avoir ses propres idées et de les mettre en œuvre. Ces femmes m'ont appris en plus qu'il n'y a aucune limite en tant que femme. Elles restent des géantes dans mon esprit. Elles n'étaient à aucun moment limitées ou perturbées, ni par des individus,ni par des circonstances.

Mes parents aussi sont des très grands mentors. Ils sont très attachés aux principes, aux valeurs, et aux actions qui y sont attachées. Mon père ne nous laissait pas nous plaindre à la maison de quoi que ce soit. Je me souviens qu'il exigeait que nous écrivions des lettres à la SNEC quand nous étions contents de la qualité de l'eau. Et à la CAMER, une autre fois, car nous avions été mécontents d'un voyage. Son point de vue était : vous êtes des Camerounais, vous allez utiliser et faire vivre ces produits camerounais. Si vous n'êtes pas satisfaits, vous allez être constructifs, vous plaindre comme il se doit et revendiquer que cela s'améliore.

Incroyable! La figure de vos parents et grand-parents ont dû vous accompagner dans les moments difficiles. Quelles ont été les épreuves les plus difficiles dans votre vie et comment les avez-vous surmontées ?

La plus grande difficulté, ce qui me fait mal au cœur, c'est la situation dans laquelle se trouve mon pays et mon continent, c'est ce qui me pousse à l'action. J'ai très mal, vraiment mal, au point d'être en larmes par moment, pour toutes ces richesses, ce potentiel que nous avons et qui n'est pas géré de manière à nous permettre d'avoir des services de base : de l'eau, de l'électricité, d'avoir le minimum dans une école. C'est ça qui me fait le plus mal. J'évalue ma vie sur combien j'ai contribué à améliorer cette situation. Contrairement à ce que les gens peuvent penser, ce ne sont pas les incidents qui sont difficiles. En tant que leader politique dans un pays qui est une dictature, j'ai subi beaucoup de choses, j'ai été arrêtée un nombre de fois que je ne peux plus compter. Dans ces moments là, j'ai eu peur. C'est aussi utile pour assurer sa survie et surmonter cela.

L'objectif pour lequel je me bats est toujours dans ma tête et dans mon esprit. Je surmonte ces moments difficiles avec cette force. Je suis une bonne Africaine en cela: mes grand-parents, mes ancêtres marchent avec moi. Mes deux parents sont décédés et mes grand-parents aussi. Dans des moments d'inquiétude ou de confusion, où je me demande comment agir, j'ai cette connexion spirituelle avec mes ancêtres car je pense que je suis l'aboutissement et la continuité de leur vie à eux. Je me rappelle de ce qu'ils m'ont laissé, ça me donne de la force.

En préparant la conversation, vous m'avez parlée de trois auteurs. Alice Walker avec son chef d'oeuvre, Living by the Word, qui est un cheminement à vocation spirituelle. On a également évoqué Sonia Sanchez avec Singing coming off the drums et évidemment, l'incontournable révolutionnaire africain, Thomas Sankara. Par lequel souhaitez-vous commencer ?

On peut commencer par Alice Walker. Dans ce que je disais sur la connexion spirituelle avec les ancêtres, elle l'exprime clairement dans son écriture. Il y a beaucoup de beauté et de compétence dans son écriture. J'espère aussi qu'elle marche avec moi pour me recentrer sur l'essentiel en lisant ses livres. Elle est l'une des personnes que j'aimerais vraiment rencontrer avant qu'elle ne passe de l'autre côté.

Vous parlez aussi de Sonia Sanchez. Ses recueils de poèmes parlent beaucoup d'amour, de l'amour que l'on se porte à soi et aux autres... L'amour a aussi une place importante dans votre vie et les livres qui vous sont chers...

Absolument. Cette valeur résume toutes celles de la vie : Justice, Paix... L'amour comprend tout cela. Avec Sonia Sanchez, il y a cet amour profond au plus fort à l'intérieur de soi-même, qui est très important et qui trouve son expression dans le jeu, dans la sensualité, dans la connexion spirituelle et physique que l'on peut avoir avec l'Autre. Ce qui est important, c'est cette capacité à prendre cet amour, et de jouer avec de la manière la plus saine et la constructive pour soi, et pour l'Autre, avec de la passion, et en riant. Car nous sommes rigolos, nous les êtres humains ! (rires) Pour moi, c'est une grande leçon de la vie: il ne faut ni se prendre trop au sérieux soi-même, ni les autres. Je trouve son écriture incroyable avec sa capacité à traduire ce que moi et beaucoup d'autres ressentent sans pouvoir le dire !

C'est le super pouvoir des poètes, mettre des mots sur nos émotions...

J'ai eu la chance de l'avoir rencontrée, de l'avoir vue sur scène. Ces femmes sont extraordinaires pour moi.

On passe de l'amour à la Révolution...

Je pense que tout révolutionnaire est d'abord un amoureux. Il n'y a qu'un amour, une passion très forte pour soi-même et pour les autres qui peut éveiller une révolution, à mon avis. C'est clair que Thomas Sankara est un amoureux fou du Burkinabé et du Burkina Faso. Il y a des moments où je me suis demandée : comment aimerais-tu vivre, Kah ? Qu'est ce que tu souhaiterais à la fin de ta vie ? Est ce que je préfère les quatre ans de la présidence de Sankara ? Ou les 27 ans d'un Blaise Compaoré ? Je choisirai Sankara, c'est un modèle.

Je reste cependant lucide sur mes modèles, Sankara, Alice Walker ou Sonia Sanchez, qui sont avant tout des êtres humains qui ont pu faire des choses. Une phrase que j'ai lu récemment : "ordinary human beings doing extraordinary things", "des êtres humains normaux qui ont eu l'opportunité de faire des choses extraordinaires". Ce sont des personnes avec leurs limites, leurs défauts.

Sankara reste un des plus grands penseurs, voir philosophe, africain. C'est quelqu'un qui a pensé comment la société pouvait être organisée, dans notre contexte, un idéal africain. Il a pris ce qu'il y a de mieux chez les autres pour penser une Afrique moderne. Ses écrits, par exemple, sur des questions d'équité et d'égalité, entre hommes et femmes, ont quarante ans d'avance sur son temps. Ses écrits sur l'importance de préserver l'environnement, de construire une société qui le protège, comme cela été fait dans notre passé africain. C'est quelqu'un qui m'inspire dans sa pensée. Il était moins bon dans la mise en œuvre. J'ai toujours une certaine résistance par rapport à la violence. Lui était militaire. Je suis pas d'accord avec tout ce qu'il a fait, mais c'était un homme extraordinaire. Pour parler comme Sonia Sanchez, c'était aussi un très bel homme (rires).

En vous écoutant parler de Thomas Sankara, il y a un rapprochement avec l'histoire du Cameroun. Selon vous, quelle figure de la Résistance a marqué le Cameroun ?

J'ai beaucoup d'héros et d'héroïnes dans l'histoire du Cameroun. J'ai toujours du mal à choisir quand on me pose cette question. Une chose qui s'est passée avant que je n'entre en politique : j'ai passé 10 ans de ma vie sans lire aucun écrit d'homme blanc. A 36 ans, je me suis rendue compte que la majorité de ce que j'avais lu dans ma vie avait été écrit par des hommes blancs. Je me suis dit, en tant que femme, noire, africaine, il me faut absolument me rééduquer, me plonger dans d'autres manières de concevoir le monde et la société. J'ai passé une période où j'ai beaucoup lu les femmes, les Africaines, les Asiatiques, ou de l'Amérique Latine, etc. C'était aussi une grande période de découverte sur l'histoire du Cameroun pour moi. Il y a beaucoup de figures marquantes dans l'histoire du Cameroun des années 1880 avec quelqu'un comme Kuma Mbappe qui est visiblement le premier et parmi les seuls résistants à l'époque des chefs des Doualas à résister à la volonté de céder le territoire aux Allemands. Il a été tué pour ça. Pour moi, c'était important de connaître cette histoire, de savoir qu'il y avait depuis la nuit des temps des Camerounais qui ont résisté à la colonisation, qui ont pensé qu'il était important que l'on se gouverne soi-même. Ceux que l'on connaît le plus, ce sont les héros et les héroïnes de la période des indépendances, tout le courant de l'UPC qui avait une aile féminine moins connue, l'UDEFEC, l'Union des Femmes Démocratiques du Cameroun. Ces femmes étaient extraordinaires! Elles ont créé un journal. Parmi les 30 personnes que l'UPC formait pour gouverner le Cameroun, il y avait 6 femmes qui étaient ce que l'on appelait à l'époque, des " l'Ecole des cadres ”. Cinq sont allées en Russie apprendre à conduire des hélicoptères pour la lutte armée. Des femmes ont mené des assauts, des femmes comme Marie Diat, qui est encore en France selon les informations que j'ai reçues, qui a mené les assauts sur une préfecture pour libérer ses camarades arrêtés.

C'est avec beaucoup d'humilité que je suis camarade avec des personnes comme Henriette Ekwé, comme Alexis Ndema. Ces personnes qui ont fait de la prison dans les années 80' au Cameroun. Je dois dire que la connaissance de ces personnes est très importante pour moi, pour ma détermination, pour mon courage. En fin de compte, je ne fais rien d'extraordinaire. Il y a tellement de personnes qui ont donné jusqu'à leur vie pour qu'en tant que pays, nous vivons dans une dignité, dans une équité; que nous soyons dans un pays gouverné par nous-même avec la prospérité pour tout le monde. Il y a tellement d'exemples que cela donne de la force. Cela permet aussi de relativiser. J'ai tellement travaillé mais d'autres ont fait beaucoup plus.

Merci d'évoquer cela! J'ai lancé le défi de lire 54 écrivaines africaines de 54 pays d'Afrique avec cette volonté de dire que les femmes parlent, il faut les écouter, elles écrivent, il faut les lire. Comment transmettre cet engagement, cette estime de soi et l'amour des autres, en particulier aux jeunes filles ? Je sais que vous êtes très engagée dans la cause féministe...

Je saute sur toutes les occasions qui me sont offertes pour parler avec des jeunes femmes africaines. Tout commence par l'estime de soi. Nous avons un petit atelier, que l'on appelle “Body, voice, power”, destiné à des femmes entre 15 et 25 ans. C'est juste pour leur dire que leur corps leur appartient. Beaucoup d'éléments dans notre société apprennent à la jeune fille que son corps ne lui appartient pas. Son corps appartient d'abord à sa famille, ensuite sa famille va transférer le titre de propriété de son corps à son mari. Si jamais elle perd le mari en cours de route, le titre de propriété va être transféré à la famille du mari. Personne n'a le droit de vous dire ce qu'il faut faire avec votre corps, comment vous devez vous habiller, vous asseoir, vous tenir. Tout ça est le premier élément du pouvoir et de l'amour, c'est de prendre possession de son propre corps. Puis, de développer la voix qui vous permet de dire aux autres : "voici comment je me vois, comment je me porte, et je fais cela, parce que je suis moi". Car, c'est ainsi que j'ai envie de m'exprimer dans cette société. Qu'elles puissent prendre possession de leurs voix, de comprendre que tout cela est pouvoir. Ce n'est que lorsque l'on a pris possession de son corps et de sa voix que l'on peut exercer le pouvoir sur la société, sur ceux que l'on aime, sur ceux que l'on a autour de nous, au sein d'une entreprise, d'un mouvement, d'un parti politique, de la communauté. On fait ce cheminement là avec les jeunes. Nous faisons cet atelier trois fois par an maximum. Au mois de mars, c'est la période pendant laquelle nous sommes souvent invitées à discuter avec des jeunes filles. J'ai souvent une grande chance dans la vie et un très grand privilège d'être invitée dans le monde entier à parler à des jeunes filles. Ça me donne l'opportunité directe de partager, de discuter.

Je suis aussi mentor. Il y a beaucoup de jeunes femmes qui bénéficient de mon mentoring, avec qui j'ai l'occasion de discuter en tête à tête, pour partager, pour construire leur leadership. Mon rôle est de leur permettre de sortir ce qu'elles ont en elles. Ce sont des femmes fortes qui ont déjà surmonté énormément de choses dans la vie. Elles ont tendance à poser sur elles-mêmes le regard que pose la société sur elles. Mon travail c'est de débloquer ce regard. C'est de leur apprendre à se voir et de comprendre ce qu'elles ont à contribuer et tout ce qu'elles font déjà. Les femmes africaines, nous portons la société, surtout lorsqu'elle est en difficulté. Il faut donc que les femmes se voient.

Quelle est votre définition d'une vie harmonieuse et réussie ?

C'est une vie où je suis en cohérence avec mes principes les plus profonds. Je crois en la justice. Une vie harmonieuse, c'est dans ma relation avec l'Autre, conduire cette relation de manière juste. Je contribue à construire la justice dans mon entreprise, dans les associations, dans le parti politique dont je fais parti et dans la société en général. Ce sont des grands principes qui sont réels s'ils se traduisent dans les plus petites choses. Par exemple, je vais rarement discuter sur le prix du maïs que je vais acheter au bord de la route. Je regarde la femme qui est au bord de ce feu et j'imagine tout le travail qu'elle a fait pour me livrer du maïs braisé. Je me pose la question : est ce que c'est juste de négocier de 200 francs à 150 francs ? Suis-je une personne juste ? Comment je traite mon gardien? Comme un travailleur ? Que je puisse me dire que tous les employés dans mon entreprise, que ce soit le gardien ou la personne qui fait le ménage, tous sont inscrits à la CNPS. Ce sont des travailleurs qui viennent faire leur travail. Ils ont le droit à une sécurité pour les jours où ils ne pourront plus travailler. Je suis en cohérence avec mes principes dans les grandes et les petites choses. Quand je milite pour les femmes, comment je le fais avec une fille qui va au Collège? Avec une femme qui va au marché? Une autre femme politique ?

Une vie réussie... est-ce que tout le monde n'a pas une vie réussie ? (rires) Je pense que lorsqu'on est dans ce monde compliqué, si on arrive à survivre, c'est déjà une réussite. La seule question de la réussite, c'est "est-ce que j'ai donné le meilleur de moi-même ?"

Que lisez-vous en ce moment ? Comment trouvez-vous le temps de lire ?

Je lis A Moonless Starless Sky écrit par Alexis Okeowo, cette jeune Américaine d'origine nigériane qui écrit sur des personnes qui luttent contre l'injustice : une des jeunes filles de Chibok qui a pu s'échapper et un homme qui aide à organiser les communautés pour lutter contre Boko Haram. Okeowo écrit aussi sur des ordinary people. Elle travaille sur un couple d'ex enfants soldats, cet homme kidnappé dans son enfance dans la forêt, par le LRA en Ouganda. Elle raconte l'histoire de leur vie et réinsertion après la guerre. Comment quelqu'un qui a terrorisé des populations, qui a été kidnappé comme enfant, réintègre la société quand tout le monde sait qu’il a tué des gens ? Le troisième cas est un activiste qui lutte contre l'esclavage en Mauritanie. La Mauritanie reste l'un des pays du monde avec le plus grand problème d'esclavage. Cela suit leur activisme de la perspective de gens ordinaires qui se retrouvent dans des circonstances qui les poussent à faire des choses extraordinaires. Pour moi, ce livre est important en ce moment. C'est toujours important de voir sa propre lutte en comprenant ce que d'autres font en même temps. Pour comprendre que nous ne sommes pas si différents que ça. On est pas si spéciales que ça. Partout dans le monde, les gens sont en train de s'engager pour leur population. Pour le Cameroun, en particulier, je réfléchis à après la fin du conflit actuel en zone anglophone. Qu'est ce que cela va demander de réintégrer ces jeunes hommes ? Ils sont victimes d'une très mauvaise gouvernance et d'un mouvement extrémiste qui a pris corps. Ils ont appris à tuer et ont participé à terroriser des villages entiers. Ils sont des milliers aujourd'hui. Nous devons nous en préoccuper dès aujourd'hui.

J'aime vraiment lire pendant plusieurs jours, cela me manque. J'essaie de commencer et de terminer chaque journée avec ne serait-ce que quelques pages de lectures. Je lis beaucoup moins qu'avant ma vie politique. Je trouve quelques heures de lecture par semaine. Je trouve des moments pour me couper d'internet, même pour une demi journée.

MERCI KAH WALLA !

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